Que veut dire «d’extrême-droite»? Editorial. R. Koeppel, Die Weltwoche – Les Observateurs

L’accusation d’extrémisme de droite finit par tomber à plat.

Que veut dire «d’extrême-droite»? Editorial. R. Koeppel, Die Weltwoche – Les Observateurs
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On entend et on lit dans nos médias de grand chemin que des partis comme l’UDC en Suisse, le FPÖ en Autriche ou l’AfD en Allemagne seraient d’« extrême-droite ». Cette accusation est non seulement abusive, mais elle démontre aussi une grave méconnaissance de l’histoire par les journalistes qui la resassent comme des perroquets décervelés. Roger Köppel, dans son éditorial de la Weltwoche, remet les pendules à l’heure. Pour notre part, nous rappellerons que le parti « socialiste national allemand des ouvriers » (NSDAP, surnommé « Nazi » par ses adversaires) était un parti de gauche, qui se distinguait surtout des communistes parce qu’il était « national » et non « international ».

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Que veut dire «d’extrême-droite»?

Éditorial

Sens et non-sens d’un qualificatif.

Par Roger Köppel

Il n’y a jamais eu autant d’extrémistes de droite. Salvini est d’extrême-droite, Orbán aussi, Trump, de toute manière, le FPÖ autrichien, probablement aussi l’ex-chancelier Sebastian Kurz, bien entendu, l’UDC ou au moins une partie, le Rassemblement national de Le Pen et, en tout cas, sans l’ombre d’un doute, l’Alternative pour l’Allemagne (AfD), le parti qui s’engage en faveur de l’introduction de la démocratie directe en Allemagne. Le Premier ministre britannique Boris Johnson ne fait pas encore l’unanimité parmi les experts de l’extrême-droite dans le monde médiatique. Il est encore en probation, sous surveillance. Voilà pourquoi on le qualifie de «tribun plébéien radical», en attendant mieux.

Quiconque taxe aujourd’hui «d’extrême-droite» des politiciens et des partis cherche à les entacher des crimes des nationaux-socialistes. Il les met au même rang que les hordes hitlériennes qui ont fait s’abattre sur la planète la guerre, le génocide et des atrocités terribles. L’«extrémisme de droite» d’Hitler était un socialisme violent, anti-bourgeois, anti-démocratique et raciste, à vrai dire, orienté à gauche, opposé à l’économie de marché et aux libertés publiques.

Contrairement aux socialistes rouges internationaux, le socialisme brun d’Hitler faisait fond, quant à lui, sur la «communauté nationale» homogène pour laquelle l’appartenance nationale et les libertés publiques, si tant est que l’on ait pu en parler, reposait sur le sang, le sol et l’ascendance.

Lorsqu’Hitler a été porté au pouvoir par des politiciens conservateurs et de droite comme ultime rempart au marxisme de Moscou, personne ne savait en Allemagne, en Europe, quelle serait la forme de gouvernement de demain. Les débats polarisants entre les droites, les partis bourgeois et les gauches portaient sur des questions constitutionnelles, sur la forme de gouvernement.

À la différence de la Suisse qui, en dépit de tentations autoritaires, est restée fidèle à son État de droit démocratique et libéral, dans la droite allemande, les voix voulant remplacer le libéralisme et la démocratie par un «Führerstaat» corporatiste se firent bientôt majoritaires. À l’époque, la question n’était pas le congé paternité ou la bonne recette contre l’abus du droit d’asile, mais les orientations fondamentales de la forme de gouvernement ainsi que des prises de décisions en politique.

Cette petite digression historique montre clairement que l’allusion diffamatrice de ces temps-là, que le recours permanent de la gauche, jusqu’à aujourd’hui, au qualificatif «d’extrême-droite» passe à côté du sujet. Orbán, Salvini, Trump, Kaczynski en Pologne et même Marine Le Pen ne sont pas des extrémistes de droite dans ce sens marqué du poids de l’histoire.

Leur objectif n’est pas d’abolir la démocratie ni de forger une «communauté nationale homogène», tout au plus d’avoir des réglementations plus restrictives en matière d’immigration. En Allemagne non plus, l’alarmisme n’est pas de mise. Un politicien qui voudrait sérieusement revenir à l’époque hitlérienne obtiendrait dans les urnes si peu de voix qu’il faudrait les chercher au microscope électronique.

Laisser entendre que les habitants actuels de la République fédérale éprouveraient une profonde sympathie pour des politiciens qui voudraient rouvrir le chapitre le plus honteux de l’histoire allemande est non seulement faire injure aux Allemands, mais procède aussi de la banalisation des nazis.