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PIerre-Auguste Renoir, mort il y a 100 ans

Ce cher Herodote.net est un as.

Merci à A. Laranné pour tout son travail d’information-

Philippe Boehler.

Renoir vivait pour peindre, alors que tant d’ autres peignaient pour vivre.

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Peindre encore et toujours. Renoir n’a jamais dévié de cette ligne de conduite. Son génie lui vaut un succès durable ainsi que de nombreuses amitiés. Avec la reconnaissance, il acquiert les moyens d’une vie confortable. Il choisit de la partager entre Paris et Essoyes, le village natal de son épouse, où il passe tous ses étés. De son vivant, sa notoriété n’a cessé de grandir, dépassant les frontières et franchissant même l’Atlantique.

Loin de se complaire dans le style impressionniste qui l’a fait connaître, Renoir va poursuivre inlassablement ses recherches, ouvrant la voie à d’autres génies comme Matisse ou Picasso.

Vanessa Moley

« Le pont des Arts », 1867-1868, Pierre-Auguste Renoir, Norton Simon Museum, Pasadena, États-Unis.

La peinture pour seul viatique

Léonard Renoir, 1869, père de l'artiste, Pierre-Auguste Renoir, Saint Louis Art Museum, Missouri, États-Unis.À l’instar de bien d’autres artistes, rien ne semble prédisposer Renoir à connaître un destin hors du commun.

Son père, Léonard Renoir (1799-1874), est tailleur de pierres à Limoges et sa mère, Marguerite Merlet (1807-1896), couturière. Il voit le jour le 25 février 1841, un mois à peine avant la loi qui interdit d’employer des enfants de moins de huit ans dans les manufactures, usines ou ateliers.

Pierre-Auguste est le benjamin d’une fratrie qui compte déjà cinq enfants. À l’âge de 13 ans, il entre en apprentissage chez un peintre sur porcelaine avant d’exercer plusieurs métiers de décoration (peinture d’éventails, de stores…). Le virus de la peinture est déjà là. C’est à cette époque qu’il s’inscrit à l’école municipale gratuite de dessins et profite de son temps libre pour aller copier les maîtres au Louvre…

« Claude Monet (Le Liseur) », 1872, Pierre-Auguste Renoir, National Gallery of Art, Washington. Renoir a vingt ans en 1861, l’année où une femme va pour la première fois devenir bachelière. Napoléon III et le Second Empire sont alors à leur apogée…

Son attrait pour la peinture s’affirme au point qu’il commence à fréquenter l’atelier du peintre suisse Charles Gleyre (1808-1874). Il va y rencontrer Alfred Sisley (1839-1899), Frédéric Bazille (1841-1870) puis Claude Monet (1840-1926), qui deviendront ses amis.

Une nouvelle étape est franchie l’année suivante puisqu’il entre à l’École impériale et spéciale des beaux-arts où il passe 2 ans. Ses efforts ne seront cependant pas récompensés car il n’obtient pas le prix de Rome. En 1863, il essuie un nouvel échec, au Salon officiel cette fois, qui refuse de l’exposer.

Renoir revient à la charge l’année suivante et l’une de ses toiles, La Esmeralda, figure parmi les œuvres offertes aux yeux du public. Fait plutôt rare, il détruira ce tableau par la suite, ne le jugeant pas assez réussi.

« Bal du moulin de la Galette », 1876, Pierre-Auguste Renoir, musée d'Orsay, Paris.

L’époque des rencontres

Quatre ans plus tard, en 1868, Renoir connaît son premier vrai succès au Salon officiel avec Lise. La même année, le marchand d’art Paul Durand-Ruel (1831-1922) lui achète pour la première fois une œuvre, Le Pont des arts

« La balançoire », 1876, Pierre-Auguste Renoir, musée d'Orsay, Paris.Ce marchand va dès lors s’occuper de la diffusion de ses tableaux et le propulser dans le cercle des artistes les plus en vogue avec les expositions « impressionnistes » organisées dans sa galerie parisienne. Toute sa vie, il restera très lié au peintre. 

L’exposition de 1876, sous les débuts de la IIIe République, présente 15 toiles de Renoir et celle de l’année suivante 21 ! Les critiques et le public accordent une attention particulière à La Balançoire et au Bal du Moulin de la Galette

En 1880, année où l’enseignement secondaire public est ouvert aux filles, Renoir découvre l’île de Chatou. Il a 39 ans et séjourne à l’auberge Fournaise. 

Il puise dans ce lieu l’inspiration pour commencer l’un de ses plus célèbres tableaux, Le Déjeuner des canotiers. Parmi les personnages figure Aline Charigot. Cette jeune couturière née à Essoyes, près de Troyes, va jouer un rôle déterminant dans la vie de Renoir. Elle sera d’abord son modèle avant de devenir sa maîtresse, puis son épouse. En 1885, elle va donner naissance à leur premier fils, Pierre. 

En 1886, Renoir fait la connaissance de Berthe Morisot, elle aussi peintre, mais surtout organisatrice de dîners, qui lui fera rencontrer Stéphane Mallarmé (1842-1898). Le poète lui apportera un appui décisif quelques années plus tard…

« Le déjeuner des canotiers », 1880-1881, Pierre-Auguste Renoir, The Phillips Collection, Washington D.C.

Essoyes, là où le bonheur est source de création

Lassé de Paris, Renoir s’installe à Essoyes dans une modeste maison de deux pièces, sur la route de Loches. Dans ce havre de paix, il continue de peindre, s’attachant à rendre des scènes de la vie paysanne. En 1890, il épouse Aline Charigot à Paris. Deux ans plus tard, Stéphane Mallarmé apporte son concours à Renoir et l’État lui achète pour la première fois un tableau. Ce sera les Jeunes filles au piano, la première toile du peintre à intégrer les collections nationales.

« Femme jouant de la guitare », 1897, Pierre-Auguste Renoir, musée des Beaux-Arts de Lyon.En 1896, avec le fruit de cette vente, soit 4 000 francs, Renoir achète une maison avec dépendances à Essoyes, sur la grande route qui mène à Bar-sur-Seine (actuellement au 42 de la rue Auguste Renoir). L’année suivante, il est malheureusement victime d’une chute de vélo, un accident auquel l’entourage du peintre attribuera la polyarthrite rhumatoïde qui diminuera l’artiste le restant de sa vie.

Le tournant du siècle voit la renommée de Renoir atteindre un nouveau sommet puisque le musée de Lyon lui achète Femme jouant de la guitare (1896-97). C’est le premier achat par un musée de province d’une œuvre du peintre.

Très attaché à sa maison d’Essoyes, Renoir lui adjoint en 1907 un atelier et y passe désormais tous ses étés, une pratique qui va se perpétuer durant une trentaine d’années. La même année, sa notoriété franchit l’Atlantique. Le Metropolitan Museum de New York se porte en effet acquéreur de Madame Charpentier et ses enfants pour la somme record de 84 000 francs.

« Madame Charpentier et ses enfants », 1878, Pierre-Auguste Renoir, Metropolitan Museum of Art, New-York.

Toujours en 1907, Renoir achète à Cagnes le domaine des Collettes et y fait construire une maison. À 59 ans, Renoir a droit a une nouvelle consécration : la 9e Exposition internationale de Venise, tenue en 1910, lui réserve une salle entière. La carrière de Renoir atteint alors son acmé.

Tombe de Renoir au cimetière d'Essoyes, @ Sylvain Bordier. Madame Renoir repose derrière son mari aux côtés de sa mère, son fils Claude et son petit-fils Claude junior, fils de Pierre.Les années suivantes seront marquées par un drame. En 1915, pendant la Première Guerre mondiale, son épouse décède à Nice alors qu’elle rentre de Gérardmer où elle a rendu visite à son fils Jean, hospitalisé suite à une blessure à la jambe.

Renoir continue d’inspirer de futurs grands noms de l’art. En 1917, Henri Matisse (1869-1954) lui rend la première d’une série de visites durant lesquelles il vient soumettre ses œuvres au regard du maître. Mais la fin approche.

En 1919, le 3 décembre, Renoir décède à Cagnes des suites d’une congestion pulmonaire. Il est enterré à Nice aux côtés d’Aline le 6 décembre. Trois ans plus tard, leurs enfants les feront inhumer tous deux, selon leur souhait, au cimetière d’Essoyes. Aujourd’hui, toute la famille Renoir repose dans ce village.


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