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le Mur de Berlin entre dans l’ Histoire publié par Herodote

1961-1989

Le Mur de Berlin dans l’Histoire

source : www.herodote.net

De tous les murs construits par l’homme, celui de Berlin présente dans l’histoire une situation originale. C’est le seul mur dont les effets juridiques sont niés douze ans avant que sa construction soit entreprise. En effet, la Loi fondamentale pour la République fédérale d’Allemagne (RFA), promulguée le 23 mai 1949, définit la nationalité allemande en se référant au territoire du Reich tel qu’il existait le 31 décembre 1937.

Selon l’article 116, « Sauf réglementation législative contraire, est Allemand au sens de la présente Loi fondamentale quiconque possède la nationalité allemande ou a été admis sur le territoire du Reich allemand tel qu’il existait au 31 décembre 1937, en qualité de réfugié ou d’expulsé appartenant au peuple allemand, ou de conjoint ou de descendant de ces derniers ». La Loi refuse implicitement d’accepter comme définitive pour les Allemands ainsi définis la nationalité de tout autre Etat existant ou susceptible d’être créé puisqu’ils conservent leur droit à la nationalité allemande. Cette Loi signifie donc que le rideau de fer déjà installé par les Soviétiques, le mur de Berlin ensuite n’ont aucun effet juridique privant les Allemands de leur nationalité au sein de la République fédérale d’Allemagne. Elle explique également pourquoi, dans la pratique, la réunification allemande de 1990, et aussi l’accueil des Aussiedler, ces personnes de souche allemande originaires de territoires de l’ex-URSS, se sont assez aisément effectués par simple application de la Loi fondamentale, sans qu’il soit nécessaire de discuter et de promulguer de nouveaux textes.

Bien que nié juridiquement, le mur a néanmoins été construit. Il convient donc de présenter les raisons expliquant sa réalisation sans toutefois la justifier. Ensuite, il faut préciser combien le mur était plus qu’un mur stricto sensu. Pourtant, en dépit des risques, il n’est pas resté infranchissable. Enfin, douze ans après son démantèlement, le mur demeure présent.

Le Mur avant le Mur

Pendant quarante ans, la République démocratique allemande (RDA), fondée le 7 octobre 1949 sous influence soviétique, refuse l’unité de l’Allemagne. Comme l’explique par exemple une brochure touristique distribuée en 1970, « la RDA entretient des relations particulièrement étroites avec l’Union soviétique et les autres pays socialistes frères. Elle se prononce pour la reconnaissance des frontières actuelles en Europe ».

Cette position constante, bien évidemment conforme à celle de l’URSS, et d’ailleurs prévisible dès la construction du « rideau de fer » courant de Lubeck jusqu’en Tchécoslovaquie et au-delà, se cristallise au lendemain de la Seconde guerre mondiale à Berlin. Mais c’est également à Berlin que se cristallise le refus de l’Ouest d’accepter définitivement la partition de l’Allemagne. Il n’y aurait jamais eu de mur de Berlin si les Américains et les Anglais n’avaient réagi, avec un courage, une efficacité et une constance remarquables au blocus de Berlin.

Entrepris le 24 juin 1948 par les Soviétiques qui occupent Berlin-Est (406 km2, soit 45,6 % de la superficie de la ville), ce blocus consiste à couper, « pour des raisons techniques », les communications terrestres entre Berlin-Ouest, répartie en trois secteurs (anglais, américain et français), et l’Allemagne occidentale. La réussite du coup de force que représentait de blocus aurait signifié l’abandon par les alliés occidentaux de Berlin et son occupation par les Soviétiques. Mais, pendant près de onze mois, jusqu’au 12 mai 1949, les Américains et les Anglais organisent un pont aérien pour ravitailler les berlinois de l’Ouest, soit 277 728 vols en 322 jours. Le principal aéroport actuel de Berlin, Tegel, est d’ailleurs la conséquence de ce pont aérien puisqu’il est construit en secteur français d’août à novembre 1948 pour compléter les aéroports existants de Tempelhof en secteur américain et de Gatow en secteur britannique.

Et, contrairement à l’espoir de dirigeants soviétiques, le pont résiste et à l’hiver et aux brimades des Russes : projecteurs aveuglant les pilotes, interférences radio, tirs sol-sol, tirs de DCA. Il empêche ainsi Berlin-Ouest de tomber dans l’escarcelle soviétique, et son maintien coûte que coûte, malgré 76 morts et un coût financier considérable, finit par contraindre les Soviétiques à mettre fin au blocus, décision annoncée par l’agence Tass le 25 avril 1949. La première raison conduisant à la construction du mur de Berlin tient donc à la volonté des alliés occidentaux de ne pas abandonner Berlin-Ouest au totalitarisme soviétique. La seconde provient du comportement des Allemands de l’Est face aux soviétiques et à leurs nervis.

En 1950, le land de Berlin-Ouest est constitué au sein de la nouvelle République fédérale d’Allemagne même si son territoire reste démilitarisé, ce qui signifie notamment que les berlinois ne font pas de service militaire. En 1957, le statut de Berlin est conforté par son intégration dans le traité de Rome. Tout cela conforte l’existence d’une enclave occidentale au milieu d’un territoire contrôlé par la RDA.

L’existence de Berlin-Ouest continue d’être insupportable pour les soviétiques car les Allemands de l’Est y votent chaque jour « avec leurs pieds » en fuyant le régime soviétique. Il devient difficile de contrôler chaque jour, les 500 000 personnes qui traversent la ligne de démarcation berlinoise, à pied ou par les réseaux de communication ferroviaire et métropolitain pour se rendre au travail, pour faire des achats ou pour visiter de la famille. Berlin-Ouest est donc le principal espace de transit des Allemands de l’Est émigrant à l’Ouest. En 1958, déjà plus de trois millions d’allemands de l’Est ont fui pour la RFA, la plupart via Berlin. Pour le gouvernement de l’Est, cette hémorragie humaine privant le pays de main-d’ouvre et montrant à la face du monde la faible adhésion à la soviétisation de l’Allemagne de l’Est, est jugée insupportable d’autant que s’y ajoute le risque, si les flux se prolongent, de ne plus guère avoir de peuple à gouverner.

L’URSS tente un nouveau coup le 27 novembre 1958 en lançant un ultimatum exigeant le départ des troupes occidentales dans les six mois pour faire de Berlin une « ville libre » démilitarisée. Les alliés occidentaux refusent. Et l’émigration continue. En août 1961, et ce, depuis la création de la RDA, l’émigration atteint désormais 3,6 millions de personnes. Les Soviétiques prennent alors la décision de faire supprimer par la RDA la ligne de démarcation berlinoise afin d’empêcher toute nouvelle émigration : c’est le mur de Berlin, appelé rapidement le « mur de la honte ».

Construction du mur (13 août 1961) (Ullstein Bilderdienst) Ses prémices, que dans l’instant on ne parvient à interpréter, commencent en fait les 12 et 13 juin 1961 avec la pose de grillages et de barbelés autour de Berlin-Ouest, pose à laquelle il est difficile de s’opposer. Puis les Soviétiques choisissent une date idéale pour faire exécuter leur ouvre : le 13 août 1961, soit en plein pont estival pendant lequel nombre de chancelleries et de chefs d’Etat occidentaux sont en vacances et donc pris de cours. La RDA annonce avoir l’agrément du pacte de Varsovie et présente la construction, selon une rhétorique communiste courante, comme un « mur de protection antifasciste ». Aussi des unités armées de la RDA encerclent-elles Berlin-Ouest de façon hermétique et la construction du mur se réalise dans un temps record, ce qui signifie qu’il est le fruit d’une préparation longue et minutieuse.

Le mur est plus qu’un mur

Le mur est davantage qu’un simple mur car sa construction est complétée par d’autres réalisations et diverses décisions. Pour comprendre la volonté et le courage de tous ceux qui se sont exercés à le franchir, il faut comprendre qu’au mur stricto sensu, que l’on voit essentiellement de l’Ouest, sont adjoints huit installations parallèles, en commençant, au pied du mur côté Est, par la pose d’obstacles empêchant de l’approcher en voiture, pour une route pour les patrouilles, puis un réseau de lampes pour éclairer le mur et un réseau de tours de surveillance. Ensuite, toujours en allant vers l’Est, on trouve des mines anti-personnelles, des pièges pour tanks, des barrières d’alarme, et enfin un mur faisant barrière coté Est. Après 1965, le mur est rendu plus efficace encore : il est remplacé par des blocs de béton de 3,5 m de hauteur, surmontés d’un tuyau pour empêcher la prise de mains ou de grappins.

Au mur courant sur 155 km autour de Berlin-Ouest s’ajoutent ensuite les « murs » créés par la fermeture des réseaux de communication ferroviaire et métropolitain entre Berlin-Ouest et Berlin-Est.

En troisième lieu, l’encerclement réalisé par le mur est rendu plus efficace par la diminution considérable des points de passage : il y en avait 81 avant août 1961. 69 sont fermés dès le 13 août, avec des barbelés et des murs de briques. La porte de Brandebourg est fermée le 14 août et quatre autres le 23 août, il n’en reste plus que 7. Aussi les échanges économiques cessent-ils entre les deux Berlin : 63 000 berlinois de l’Est perdent leur emploi à l’Ouest, et 10 000 de l’Ouest perdent leur emploi à Berlin-Est. Après l’accord quadripartite de 1971, le nombre des points de passage est porté à dix.

En outre, le mur, ce sont également ces fenêtres murées des immeubles et maisons côté Est à proximité du mur.

La première conséquence du mur est de faire perdre encore davantage de vie au centre (Mitte) de Berlin qui se trouve du côté Est, et se trouve alors placé en quelque sorte en état d’hibernation, d’autant que l’entretien des bâtiments laisse à désirer quand il n’est pas abandonné. En particulier, les magnifiques bâtiments situés sur l’île des musées, y compris l’important musée de Pergame, souffrent du temps et des intempéries.

Certes, au fil des années, la RDA ressent le besoin de récupérer des devises touristiques. Elle décide d’accorder des permis de séjour journaliers valables 24 heures et autorise l’organisation de visites, essentiellement accompagnées, de Berlin-Est, moyennant le paiement d’une taxe pour les visiteurs étrangers et originaires de la République fédérale d’Allemagne. En outre, la RDA instaure une obligation de change lors de chaque « excursion » et, pour que les choses soient claires, le guide touristique précise : « des devises en deutschemarks ainsi que toutes les autres devises occidentales peuvent être emportées sans limitation. En revanche, la sortie de marks de la RDA ou de devises de pays du bloc socialiste de l’Europe de l’Est est interdite. » Tout cela s’apparente à une sorte de piratage organisé et accepté pour cause de curiosité par les touristes. Pour les visiteurs étrangers est assigné un point de passage unique situé Friedrich Strasse (Chekpoint Charlie), ouvert jour et nuit.

Et, pour illustrer sa supériorité et susciter une attirance touristique, Berlin-Est construit en 1965 une haute tour de télévision de 361,5 mètres sur l’Alexanderplatz, avec la boule de la tour, où se trouve un restaurant, pivotant toutes les heures sur son axe. La tour sert également de poste d’observation militaire.

Outre les différents aspects du mur précisés ci-dessus, le mur se dédouble d’une multitude de murs, fruits de la coupure géographique et politique de la ville : construction orientée vers des modèles de société différents, perte de l’unité du corps urbain, constitution d’une périphérie intérieure à la ville des deux cotés du mur, perte du centre-ville, pertes de structures économiques innovantes des deux côtés, coûts de fonctionnement élevés par le dédoublement des grands équipements concernant la culture (deux opéras), l’éducation (deux universités), les sciences (deux parcs zoologiques).

Les « passe muraille » du mur

Le général des armées RDA Karl-Heinz Hoffman définit le mur de Berlin comme le système de sécurité des frontières le meilleur au monde, en raison de ses qualités techniques incontestables et de l’ampleur des moyens de surveillance. Mais l’appel de la liberté reste constant tout au long des 28 ans de l’histoire du mur. Des milliers d’allemands de l’Est tentent de le franchir au péril de leur vie. Au total, d’août 1961 au 8 mars 1989, 5 075 personnes réussissent à s’évader de l’Est pour Berlin-Ouest par tous les moyens possibles : escalade pour la plupart d’entre eux, mais aussi souterrains, voitures spécialement transformées, fuites à la nage sur la Spree… Mais 588 périrent dans cette tentative.

Parmi les dernières victimes, Winfried Frundenbereg a construit un ballon artisanal, est parvenu à passer à l’ouest mais s’est écrasé au sol, perdant ainsi la vie. L’imperméabilité imparfaite du mur résulte donc de la volonté de fuir le régime liberticide de la RDA, et, en outre, de l’attitude de divers garde-frontières anonymes, négligeant de viser en faisant feu. Plusieurs d’entre eux désertèrent d’ailleurs pour ensuite apporter leur aide aux passeurs de l’Ouest, où une organisation d’aide se met en place. En particulier, le musée « Haus am Checkpoint Charlie », inauguré dès le 14 juin 1963, permet d’observer les mouvements des gardes et d’accueillir les clandestins.

Le mur après le mur

En 1989, le gouvernement de la RDA ne parvient plus à enrayer l’émigration car celle-ci utilise un nouvel espace de transit, la Tchécoslovaquie, qui finit, sous la contrainte des milliers de voitures fuyant l’Est, par ouvrir ses frontières avec l’Autriche. Aussi le 9 novembre 1989, Günter Schabowski, membre du bureau politique, annonce-t-il la décision du gouvernement de RDA vis-à-vis des Allemands de l’Est : « les voyages privés à destination de l’étranger peuvent désormais être demandés sans aucune condition particulière ».

Un grand jour de l'Histoire europeenne Quelques heures plus tard seulement, les douaniers de Berlin ne parviennent plus à faire face à la demande et ne peuvent faire autrement de que de laisser simplement passer. Le mur est vaincu.

Puis, fin 1989 et en 1990, le mur est démantelé à raison de 100 mètres en moyenne par nuit, avant l’organisation d’une démolition officielle qui se termine fin 1991. Six pans de mur sont conservés pour mémoire. Berlin réunifiée semble avoir tourné la page d’autant qu’on circule sans problème de l’Est à l’Ouest sur des réseaux métropolitain, ferroviaire, et de bus totalement modernisés au cours des années 1990, tandis que la nouvelle gare centrale doit se terminer dans les années 2000. Pourtant le mur, c’est-à-dire la distinction entre Berlin-Ouest et Berlin-Est, est toujours là pour tout observateur attentif.

À l’Ouest, le legs du nazisme marque les cicatrices de la ville et plus particulièrement avec cette ruine impressionnante de l’église commémorative de l’empereur Guillaume (Kaiser Wilhelm), appelée « dent creuse » par les Berlinois. Reste aussi le Reichstag incendié par Hitler le 27 février 1933, et transformé en ruine en mai 1945 lors de la bataille de Berlin. La non-reconstruction de la coupole à l’identique de l’initiale de la fin du XIXe siècle et la réalisation par Norman Foster d’une coupole en verre qui se visite de l’intérieur, se voulant symbole d’une démocratie transparente, laisse demeurer au cour de Berlin les stigmates de l’histoire de l’Allemagne. Le mur est également présent au musée du mur de Checkpoint Charlie, mais ce musée n’a pas d’apparence le rendant incontournable. À l’Est ne subsiste aucun trait du nazisme même si ce passé est désormais rappelé dans le quartier juif où la synagogue a été reconstruite.

Une deuxième différence entre les deux Berlin est également architecturale : à l’Ouest, les immeubles de grande hauteur se trouvaient de facto bannis et d’ailleurs en rien justifiés par la faible pression foncière sur un territoire de 484 km2, soit près de cinq fois la superficie de Paris. Ainsi Berlin-Ouest comporte-t-elle de vastes espaces de campagne et, évidemment, ne s’est pas étendue. En revanche, l’Est a voulu faire preuve de modernité par exemple avec l’Alexanderplatz et par la construction des «lambeaux successifs de banlieues grandiosement répétitives».

Le maintien de la division de Berlin se lit également dans la statuaire socialiste, bien entendu absente de l’Ouest, mais toujours présente ci et là à Berlin-Est avec Marx, Lénine, ainsi que la faucille et le marteau. L’empreinte de la RDA demeure en outre avec le triste et abandonné palais de la république (de RDA), bâtiment sans âme des années 1950, construit à la place de l’ancien palais impérial détruit en 1950 sur l’ordre de Walter Ulbricht, sur une place alors dénommée « Marx-et-Engels ». Un lambeau omis lors de la destruction et une exposition en plein air réalisée par les partisans de la reconstruction du palais impérial permet de juger des dégâts causés par cette destruction de bâtiments d’un grand intérêt architectural et artistique, mais les finances manquent pour la reconstruction, d’autant que Berlin se trouve lourdement déficitaire.

Car, en quatrième lieu, le mur demeure effectivement une cicatrice économique et humaine. Avant la guerre, Berlin était le plus gros et le plus innovant pôle économique et surtout industriel d’Allemagne. Puis Berlin-Ouest, en raison de son statut d’exception (accessibilité limitée, position par rapport aux fournisseurs et aux débouchés, départ de la population et des ouvriers qualifiés) se trouve contrainte et écartée de tous les secteurs d’entreprise innovants. L’économie berlinoise devient morose, reposant sur les prébendes de l’Ouest et prenant l’habitude d’être une économie aidée et protégée. À Berlin-Est, le système d’économie planifié socialiste, avec des entreprises étatisées et une organisation en grosses entreprises, entraîne déficience dans l’organisation et la rentabilité de l’économie.

Depuis 1990, Berlin bénéficie de l’apport croissant d’administrations politiques nationales, de l’implantation d’institutions allemandes diverses, de l’installation de marques connues et surtout d’un essor touristique. Berlin a retrouvé ses «Champs Elysées», avec l’avenue Unter den linden (sous les tilleuls), artère Ouest-Est allant de la porte de Brandebourg jusqu’à la place du château (détruit). Mais le développement économique de Berlin demeure modeste et plutôt inférieur à ce qui était généralement escompté. Car quarante années de régime soviétique ou d’économie bridée par le maintien du mur ne s’effacent pas rapidement. Sur l’île des musées ou à proximité, devenu un haut lieu touristique, toujours guère de commerces et, par exemple, pas de kiosques à journaux. En revanche, un marché périodique vous propose essentiellement tous les restes de la période socialiste (insignes militaires, sculptures miniatures de Lénine.). Les comportements ont la vie dure, les employés issus de l’Est conservent souvent une attitude peu ouverte, et peu inventive.

En outre, le démantèlement du mur a été pour les berlinois de l’Ouest l’élargissement de leur espace de liberté. Alors nombre d’entre eux sont partis habiter au-delà des frontières de Berlin et la population de la ville, 3,4 millions d’habitants début 2003, diminue avec un solde migratoire négatif, tandis que le solde naturel est également négatif en raison d’une faible fécondité comme l’ensemble de l’Allemagne.

Les murs entre les hommes sont faits pour être détruits, et celui de Berlin, atrocité communiste, n’a pas manqué pas à la règle. Mais il laisse dans l’histoire architecturale, économique, comportementale, démographique des traces visibles. Après les milliards d’euros dépensés pour relever Berlin depuis 1989, et bien que la ville connaisse une seconde chance, après la période 1871-1945, d’exercer la fonction de capitale de l’Allemagne, Berlin reste mutilée physiquement et moralement par le mur qui l’a transformée en Janus.

Berlin n’est encore qu’une grande métropole en devenir dont les distorsions socio-spatiales accentuées par le mur sont encore trop nombreuses pour favoriser un déploiement suffisamment efficace. La réunification n’ayant pu faire de miracles, face à la rémanence des comportements soviétiques d’une majorité de la population de l’Est, sa principale chance de mieux effacer le mur résulte désormais dans l’élargissement de l’Union européenne à l’Est, qui transforme son positionnement géographique excentré dans l’Union européenne en une place enviable.

Par le recteur Gérard-François Dumont (Université de Paris-Sorbonne)

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 Il y a 30 ans Rostropovich a joué à l’improviste à Check-Point Charlie. lors de la chute du Mur de Berlin


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• 17 juillet – 2 août 1945 : conférence de Potsdam
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