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Le dernier voyage d’ Oetzi, vu par National Geographic

Le dernier voyage d’ Oetzi, vu par National Geographic

Cet article m’a passionné. Je le partage volontiers avec ceux d’entre-vous qui manifestez un vif intérêt pour l’Histoire .

Bonne visite ici et sur mon petit blog www.super-senior.ch

Philippe Boehler.

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Des scientifiques étudient le corps momifié d’Ötzi âgé de 5 300 ans à la recherche d’indices sur sa vie et son trépas.

Blessé et peut-être recherché, Ötzi a passé ses derniers jours à parcourir les hautes Alpes avant d’être précipité vers la mort par une flèche reçue dans le dos. Près de 5 300 ans plus tard, les archéologues tentent toujours de démêler le mystère qui plane autour de son exécution et une nouvelle analyse des restes de mousse retrouvés sur la scène de crime pourrait bientôt apporter de plus amples détails sur la frénésie qui entourait son ascension finale. (À lire aussi : 5 faits surprenants à propos d’Ötzi, l’Homme des glaces)

C’est en 1991 que des randonneurs alors en balade dans les Alpes de l’Ötztal ont découvert ce corps gelé naturellement momifié près de la frontière entre l’Italie et l’Autriche. Depuis, les chercheurs ont eu le temps d’analyser le corps d’Ötzi sous toutes les coutures, ils ont découvert que sa peau était recouverte de plus de soixante tatouages et qu’il portait une veste en cuir constituée des peaux de plusieurs chèvres et moutons. Après avoir finalement mis la main sur son estomac l’année dernière, ils ont pu examiner son contenu et conclure qu’il avait été assassiné une heure après un dernier repas composé de viande séchée de bouquetin et de cerf accompagnée d’épeautre. Les travaux des scientifiques ont également permis de montrer que cet homme d’une quarantaine d’années souffrait probablement de maux d’estomac à sa mort et soignait une main grièvement blessée, tailladée presque jusqu’à l’os entre le pouce et l’index.

Accompagné d'un collègue, l'alpiniste Reinhold Messner, à droite, inspecte les reste momifiés d'Ötzi après sa découverte …
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À ce jour, les scientifiques ont par ailleurs identifié 75 types de bryophytes, une famille de végétaux qui rassemble entre autres la mousse et les hépatiques, dans les restes momifiés d’Ötzi et à proximité. Et aussi modestes soient-elles, ces plantes révèlent aujourd’hui les derniers instants de cet Hibernatus des Alpes dans leurs moindres détails, tout en confirmant la violence et la frénésie qui se sont emparées de ses derniers jours.

Dans une nouvelle analyse publiée dans la revue PLOS ONE, les chercheurs partent du constat suivant : environ 70 % des bryophytes découvertes sur le site de haute montagne où gisait Ötzi n’étaient pas locales, bon nombre d’entre elles provenaient en fait d’une région située au sud des Alpes de l’Ötztal à plus basse altitude. En cherchant à savoir comment ces végétaux ont bien pu être déposés dans les environs de la scène de crime du col Tisenjoch, à 3 212 m d’altitude, les scientifiques ont pu reconstituer en partie l’histoire de son dernier périple : un va-et-vient chaotique sur des centaines de mètres de dénivelé en l’espace de deux jours.

UN MYSTÈRE DE MOUSSE

Professeur d’archéobotanique à l’université de Glasgow et auteur principal de l’étude, James Dickson étudie Ötzi depuis qu’il a reçu en 1994 des échantillons de matière organique extraits du site où la momie a été découverte. Dickson indique avoir été immédiatement intrigué face à la présence d’un type de mousse utilisé au cours de l’histoire pour calfeutrer les bateaux et les cabanes en bois, l’espèce Neckera complanata.

Neckera complanata a été découverte en grande quantité sur le site, souvent accrochée aux vêtements d’Ötzi. La mousse pourrait avoir été apportée dans la trousse à outils d’Ötzi, même si son utilité reste incertaine. Servait-elle d’isolant ? Ou de papier toilette ? Quoi qu’il en soit, cette espèce ne pousse qu’à basse altitude, sa présence a donc procuré aux scientifiques un point de départ pour retracer l’itinéraire final d’Ötzi.

« C’était une situation plutôt singulière de retrouver cette personne assassinée dans les Alpes, à une altitude plutôt élevée, » déclare l’anthropologue extérieur à l’étude Albert Zink, directeur des recherches sur Ötzi au sein de l’Istituto per lo studio delle mummie d’Eurac Research à Bolzano, en Italie. « Personne ne pouvait vraiment expliquer ce qu’il faisait là-haut. »

En plus de la nourriture, l’appareil digestif d’Ötzi contenait des traces de pollen provenant du milieu dans lequel il a mangé ses derniers repas, ce qui avait permis d’esquisser l’itinéraire grossier de son dernier voyage lors de précédentes recherches menées par Klaus Oeggl, un archéobotaniste de l’université autrichienne d’Innsbruck également coauteur de la nouvelle étude.

Des prélèvements effectués au niveau du rectum et de la partie inférieure du colon d’Ötzi ont apporté des informations sur les plus vieux aliments digérés par son organisme ; ils contenaient des traces de pollen de pin et d’épicéa. Ces indices plaçaient donc Ötzi dans une forêt de haute altitude, à proximité du haut de la limite forestière à environ 2 500 m d’altitude, et ce, 33 h avant sa mort. Cependant, la section centrale de son colon contenait des pollens de charme-houblon et d’autres arbres qui ne poussent que dans des forêts de basse altitude, ce qui signifie qu’Ötzi a dû descendre à 1 200 m d’altitude ou moins, peut-être même jusqu’en bas de la vallée, entre 9 et 12 heures avant sa mort. Toujours selon les pollens, Ötzi aurait ensuite repris de la hauteur pour manger son dernier repas dans une forêt subalpine de conifères avant de grimper encore plus haut jusqu’au col Tisenjoch, où il fut rattrapé par la mort.

Il restait cependant une variable inconnue : savoir si Ötzi avait entrepris sa dernière descente en direction du sud, vers l’actuelle Italie, ou du nord, vers l’Autriche. Le paysage escarpé réduit à une poignée les itinéraires qu’il aurait pu emprunter jusqu’à son lieu de mort.

« Nous ne savions pas précisément où il était allé, » indique Oeggl.

CHAQUE PLANTE À SA PLACE

Dans la nouvelle étude, l’équipe internationale de scientifiques dirigée par Dickson a puisé dans les relevés botaniques très complets de la région pour cartographier la répartition de toutes les espèces de mousses et d’hépatiques identifiées dans l’appareil digestif d’Ötzi et dans les sédiments qui entouraient le corps. Notons que la répartition des plantes dans les Alpes il y a 5 000 ans était relativement similaire à celle d’aujourd’hui.

Comme indiqué précédemment, 70 % des espèces de bryophytes découvertes dans le corps momifié d’Ötzi et à proximité ne poussent pas à l’étage nival, le plus haut étage de végétation alpine dont l’altitude minimale se situe à 3 000 m pour cette région des Alpes. Certains de ces intrus botaniques ont pu être transportés jusqu’à la scène de crime par le vent ou des animaux comme les moutons ou les oiseaux. Toutefois, les chercheurs affirment que plusieurs mousses de basse altitude, outre Neckera complanata, n’ont pu être apportées que par Ötzi lui-même. « La distance est telle qu’il ne peut pas y avoir d’autre explication, » soutient Oeggl.

Certaines des mousses découvertes sur le lieu de mort d’Ötzi, y compris Neckera complanata, prospèrent dans la vallée italienne de Senales plus au sud mais pas dans les vallées voisines plus au nord. L’itinéraire établi par Dickson soutient donc l’idée qu’Ötzi serait descendu une dernière fois vers la vallée de Senales avant son ascension finale. Il se serait ainsi frotté contre les mousses de la vallée, en aurait stocké dans ses provisions, peut-être même en aurait-il utilisé pour emballer ses aliments ou panser ses blessures. Lors de sa descente, il est possible qu’Ötzi ait atteint le point le plus bas du val Venosta, à environ 800 m d’altitude, où il aurait cueilli une espèce de mousse de tourbières, Sphagnum affine. Dickson va même jusqu’à imaginer qu’Ötzi ait pu connaître les vertus antiseptiques de cette mousse et qu’il l’ait utilisée pour soigner son entaille profonde à la main.

Ces résultats coïncident avec le portrait général d’Ötzi qui semble indiquer des racines plus au sud. Les éléments isotopiques suggèrent par exemple qu’il aurait grandi dans la partie sud des Alpes et vécu les derniers mois de sa vie dans cette région également, explique Zink.

De la même façon, l’archéologue du service provincial d’archéologie de Florence, Ursula Wierer, affirme que de « nombreuses preuves semblent indiquer qu’Ötzi aurait vécu du côté sud des Alpes et qu’il aurait entrepris son ascension sur ce versant jusqu’au lieu où il est mort. » Les analyses récentes conduites par Wierer sur la trousse à outils de cet homme des glaces suggère qu’il aurait été pris au dépourvu avec des armes nécessitant une réparation. Pour elle, cette nouvelle étude à laquelle elle n’a pas participé confirme une nouvelle fois le caractère survolté des dernières heures d’Ötzi et montre à quel point les études archéobotaniques sont importantes pour la reconstitution de son dernier voyage. »

Les bryophytes telles que les mousses et les hépatiques ne peuvent être étudiés que dans des cas de conservation exceptionnelle, par exemple dans une tourbière anaérobie ou, ici, sur un col montagneux glacé. C’est pourquoi elles sont « très peu fréquentes en archéobotanique, » témoigne Logan Kistler, conservateur des sections dédiées à l’archéobotanique et à l’archéogénétique du musée national d’histoire naturelle des États-Unis. « Elles ne produisent pas de graines ou de pollen qui ont tendance à être préservés sur les sites archéologiques. Ils sont plutôt éphémères dans l’environnement. » Cette nouvelle étude, poursuit Kistler, « montre bien à quel point le site d’Ötzi est remarquable. »

« C’est l’une de ces situations extraordinaires où la vie passée est aussi vraie que nature. »

Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.