Berlin, le bilan du MUR abattu il y a 30 ans

 

SOURCE: www.lematin.ch

Deux zoos, deux tours de télévision, deux aéroports, deux équipes de foot: Berlin a été le théâtre d’une surenchère entre les deux Allemagne, créant des doublons qui perdurent 30 ans après la chute du Mur. «Les deux parties s’opposaient en faisant valoir leur capacité à reconstruire Berlin le mieux et le plus vite possible», explique Hanno Hochmuth, chercheur à l’Institut d’histoire contemporaine de Potsdam.

Le plus grand zoo contre le plus riche

Dans l’ex-Berlin-Est, dans le quartier résidentiel de Friedrichsfelde, se trouve toujours le plus vaste zoo d’Europe, le Tierpark. Bien moins réputé et moins riche que son homologue occidental du Zoologischer Garten, le centre animalier de Berlin-Est a été érigé en 1955 pour concurrencer son imposant voisin, créé plus d’un siècle plus tôt, en 1844.

Le zoo comptait plus de 120 espèces différentes, dont une partie provenait du bloc de l’Est. Depuis la Réunification, les deux parcs cherchent à coopérer le plus étroitement possible.

Deux tours de télévision…

Elle est à Berlin ce qu’est la tour Eiffel à Paris. La Fernsehturm, qui domine Alexanderplatz, dans l’ex-Berlin-Est, est devenue l’emblème touristique de la capitale depuis sa construction en 1969.

Mais son architecture fut longtemps un outil de propagande: «Le bloc soviétique essayait de montrer par tous les moyens ses grandes avancées. Ce n’est donc pas un hasard si la forme de la Fernsehturm adopte celle d’un satellite, celui de Spoutnik», le premier satellite soviétique, précise Hanno Hochmuth.

Si l’antenne, dont le point culminant atteint 368 mètres, émet encore des signaux hertziens, ce n’est plus le cas de sa petite soeur, la «Berliner Funkturm» située à l’ouest dans le quartier de Westend. A l’instar de la Fernsehturm, la «petite» tour en acier de 150 mètres héberge désormais un restaurant gastronomique.

– …et 3 opéras pour une seule ville –

Trois opéras cohabitent depuis plus d’un siècle dans la capitale. Les rénovations du Deutsche Oper, en partie détruit pendant la Guerre, prennent fin en 1961, six semaines après l’apparition du Mur. Il est alors le seul opéra à l’Ouest et devient un des sites culturels les plus importants de RFA.

Il cohabite ensuite avec deux Opéras de l’ex-Berlin-Est, le Staatsoper Unter den Linden, dirigé par Daniel Barenboim, et, à quelques encablures, l’Opéra Comique.

Les aéroports toujours pas réunis

Les points stratégiques, dont les aéroports, sont en ruine à la fin de la Seconde guerre mondiale. Celui de Schönefeld, à Berlin-Est, parvient à rassembler quelques pistes et un aérodrome. Mais face au blocus soviétique, les alliés américains, français et des ouvriers allemands parviennent à ériger dans le Nord-Ouest le nouvel aéroport de Tegel en 90 jours pour soutenir le pont aérien de Berlin, qui approvisionna la partie occidentale de la ville entre 1948 et 1949, et suppléer celui de Tempelhof, devenu depuis un parc laissé à disposition des Berlinois.

Les deux aéroports sont toujours en activité en attendant l’ouverture de l’aéroport Willy-Brandt de Berlin-Brandenbourg, initialement prévue en 2012. Une échéance sans cesse repoussée du fait de multiples défauts de construction et dépassements de coûts, au point que les habitants commencent à douter que le projet soit bel et bien mené à terme.

Derby berlinois en Bundesliga

Le 27 mai 2019 est à marquer d’une pierre blanche pour les amateurs berlinois de football. Pour la première fois, le FC Union Berlin, créé en 1966 à l’Est, gagne son billet pour la Bundesliga, la première division allemande.

Ce club, aux couleurs blanche et rouge, prétend toujours défendre, depuis son petit stade de l’Est berlinois, où la plupart des places sont debout, une tradition ouvrière et des valeurs antifascistes. Contre le rival de l’Ouest, Hertha Berlin, fondé en 1892, habitué à la Bundesliga et évoluant dans le mythique Stade Olympique, les derbies s’annoncent bouillants.

Economie: l’Est encore distancé

Par ailleurs, le contraste s’estompe mais reste, dans tous les domaines, bel et bien réel entre Est et Ouest de l’Allemagne. Le PIB par habitant des cinq régions d’ex-RDA ne représentait encore que 74,7% du niveau ouest-allemand en 2018. Depuis 2010, cet écart s’est réduit de 3,1 points, porté par un tissu d’environ 3.000 petites et moyennes entreprises et le dynamisme de Berlin, Leipzig ou Dresde. Et l’ex-RDA partait en 1990 de très loin, avec une saignée de son secteur industriel hérité du collectivisme communiste.

L’amélioration ne compense pas l’absence de grandes entreprises telles que Volkswagen, Siemens ou Bayer, dont les sièges sont tous à l’ouest et qui emploient des dizaines de milliers de personnes.

Aucune entreprise du Dax, l’indice-phare de la Bourse de Francfort, n’a son siège à l’Est. Les Länder d’ex-RDA restent aussi à la remorque des régions de l’ouest en terme de salaire moyen: en 2018, un salarié de l’Ouest gagnait en moyenne 3.339 euros brut par mois, contre environ 2.600 euros à l’Est, selon l’Agence fédérale pour l’emploi. La productivité y est également moindre, atteignant à l’Est 82% de celle de l’Ouest.

Déclin démographique inquiétant

Dans une Allemagne globalement vieillissante, où l’âge moyen est passé de 40 ans en 1990 à 45 ans en 2018, la situation démographique en ex-RDA reste problématique. Depuis 1991, la population des nouvelles régions est passée de 14,6 à 12,6 millions d’habitants, tandis qu’à l’Ouest (Berlin compris), elle a bondi de 65,3 à 69,6 millions.

Le dynamisme de villes comme Dresde, Iena ou Leipzig, ne parvient pas à masquer l’exode et le vieillissement qui frappent ces régions. Les centre-villes offrent le triste spectacle de magasins et immeubles à vendre. Dans certaines villes, comme Suhl (Thuringe) ou Francfort-sur-Oder (Brandebourg), la population a chuté de plus de 30% en 30 ans, avec des répercussions sur services publics et infrastructures.

L’émigration massive vers l’ouest ou l’étranger de jeunes adultes au début de années 90 a fait chuter la natalité à l’Est, un phénomène qui aura des répercussions durant plusieurs décennies, selon les démographes. L’accueil de centaines de milliers de réfugiés en Allemagne depuis 2015 n’a pas suffi à inverser la tendance, d’autant que la plupart d’entre eux ont choisi l’Ouest.

L’Est, fief de l’extrême droite

Créée en 2013, le parti d’extrême droite Alternative pour l’Allemagne (AfD) réalise ses scores les plus importants à l’Est, où il recueille désormais entre 20 à 30% des suffrages, contre autour de 10% en moyenne à l’Ouest. En juin, il a fallu un front uni de toutes les formations pour l’empêcher de conquérir à Görlitz sa première ville d’importance.

L’Est, où les partis traditionnels et l’ex-gauche communiste sont en perte de vitesse, est aussi le berceau du mouvement islamophobe Pegida, qui a rassemblé ces dernières années des milliers de manifestants chaque lundi à Dresde.

Cette situation est liée au fait, selon les politologues, que nombre d’Allemands de l’Est ont encore le sentiment d’être des «citoyens de seconde zone». 74% estiment ainsi, selon un récent sondage, que de «très grandes différences» perdurent entre les deux parties du pays. (afp/nxp)

Créé: 09.11.2019, 22h51