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Encore un mot sur l’armée d’Afrique, pour éduquer un général inculte, et un chef des Armées peu au fait des affaires militaires et de l’ Histoire de France.

C’ EST NOUS LES AFRICAINS…..

Excellent billet d ‘ Eric de Verdelhan   dans https://www.ripostelaique.com

“Mon brave général ignore visiblement cette page d’histoire de nos armes. Il est comme son « chef des Armées » : il ne sait rien mais il le dit avec force et conviction. Dans les salons mondains, ça impressionne quelques rombières qui, pour un peu, en renverseraient leur tasse de thé…

« Le rôle joué pendant la Grande Guerre par les indigènes algériens a été grand, leur sang s’est mêlé au sang français sur tous les champs de bataille, leur acquérant des droits légitimes par des sacrifices communs… ». (Baron de Feuchins « Rapport sur le bilan des pertes »(1924)).

À la suite de mon article sur le débarquement en Provence le 15 août 1944, publié dans « Riposte Laïque », j’ai reçu un mail d’un général en retraite rencontré chez des amis.

Pur produit de la glorieuse arme de l’Intendance (il en faut, je sais !), il a réussi à faire une longue et belle carrière, et à finir « général quart de place » sans avoir fait la moindre « Opex », ce qui ne l’empêche pas d’être plus décoré qu’un sapin de Noël ou qu’un caporal-chef mexicain.

Je l’ai surnommé « Porcelaine de Chine » car, comme les céramiques chinoises, il supporte les décorations mais craint le feu. Ce brave général m’écrivait ceci :
« J’ai lu avec intérêt votre article sur le débarquement du 15 août 1944… etc… etc… Mais vous ne pouvez pas nier que les troupes issues d’Afrique ont servi de « chair à canon » pendant la guerre de 14-18… ». Et, dans son mail, il mélangeait allégrement, dans un style aussi pompeux que pontifiant, l’armée d’Afrique et les Bataillons d’Afrique (les fameux « Bat’d’Af »).

Je me demande parfois ce qu’on enseigne à nos futurs officiers à Coëtquidan, à Navale ou à Salon-de-Provence ! Certains sont aussi nuls en histoire que Micron !

Depuis que la France est entrée en repentance et qu’elle culpabilise sur son passé colonial, on nous dit que nos troupes indigènes ont été utilisées comme « chair à canon » durant la Grande Guerre, ce qui est inexact ou, pour le moins, très exagéré !

À l’époque coloniale, nos forces étaient réparties en trois ensembles: l’armée métropolitaine, les troupes coloniales et l’armée d’Afrique qui dépendaient d’un seul état-major général.

Dans la terminologie militaire, les troupes coloniales désignaient les troupes « indigènes », hors Afrique du Nord, et métropolitaines : les anciennes formations de marine (« Marsouins » pour l’infanterie et « Bigors » pour l’artillerie), qui fusionnent, en 1900, pour former l’« armée coloniale » (ou « la Coloniale »). Ces troupes se distinguent donc des troupes d’Afrique du Nord « indigènes » (Tirailleurs, Spahis) et européennes (Zouaves, Chasseurs d’Afrique, Légion étrangère), qui forment l’armée d’Afrique (19e corps d’armée) et provenaient essentiellement d’Algérie.

Certains régiments, mixtes, regroupaient des chrétiens, des juifs et des musulmans, comme les unités de Zouaves ou de Tirailleurs. On estime que l’Empire a fourni, en quatre années de guerre, entre 550 000 et 600 000 « indigènes » à la  mère-patrie, dont 450 000 vinrent combattre en Europe. 270 000 mobilisés, dont 190 000 combattants, étaient des Maghrébins, 180 000 mobilisés, dont 134 000 combattants, étaient des Sénégalais.
Les autres venaient de tout l’Empire : Madagascar, Indochine, Océanie et Somalis.

Les « indigènes » ont représenté 7 % des 8 410 000 mobilisés de l’armée française, affectés majoritairement dans les régiments de Tirailleurs. La proportion de Français au sein des régiments de Tirailleurs nord-africains était d’environ 20 %. Un peu moins dans les bataillons de Sénégalais.

En 1918, à la fin de la guerre, notre armée disposait de cent divisions dont six divisions composées de troupes de l’armée d’Afrique et sept divisions composées de troupes de l’armée coloniale. La moitié des effectifs de ces treize divisions étant d’origine métropolitaine.

Si ces effectifs peuvent sembler relativement faibles, les troupes « indigènes » comptent à leur actif bon nombre de faits d’armes glorieux et leur rôle ne saurait être sous-estimé.
Leur apport a été très important dans les semaines décisives de septembre 1914, lors de la bataille de la Marne. Si quelques cas de panique furent signalés lors des premières semaines de combats (comme dans d’autres unités métropolitaines), par la suite, ces unités se montreront à l’égale des meilleurs.
Durant la Grande Guerre, le nombre de tués de nos troupes « indigènes » est estimé à plus de 70 000 : 36 000 Maghrébins et 30 000 « Sénégalais ».

Sur 450 000 combattants réellement engagés, le taux de pertes au feu a été de 19 % chez les Maghrébins et de 23 % chez les Sénégalais. Ces chiffres sont à rapprocher des 1 500 000 tués de la Grande Guerre. Les monuments aux morts des villes et villages français sont là pour nous rappeler que la grande boucherie de 14-18 aura été, hélas, assez « égalitaire ».

Les combattants de notre Empire y ont eu leur part… comme les autres, ni plus, ni moins.

Disons un mot des Bataillons d’Afrique, pour conclure :
Les Bataillons d’infanterie légère d’Afrique (BILA), plus connus sous les surnoms de « Bat’ d’Af’ » (ou de « Joyeux »), étaient des unités qui relevaient, effectivement, de l’armée d’Afrique.
L’infanterie légère d’Afrique, après un projet avorté en 1831, a été créée en juin 1832 pour recycler les soldats condamnés par la justice militaire.

Cantonnées en Afrique du Nord (Algérie, Tunisie, Maroc), « à Biribi », nom générique pour désigner leur casernement(1), ces unités constituaient l’instrument répressif de l’armée française : destinées à mater les fortes têtes, elles furent conçues pour « redresser ceux qui ont failli ».
Les « Joyeux », selon la tradition, arboraient le tatouage « Marche ou Crève ». C’est à cela qu’ils étaient respectés, voire craints, dans le milieu. Autre particularité des « Bat’d’Af » : la pratique de l’homosexualité dans les rangs (héritée des passages en prison).

Les bataillons d’infanterie légère d’Afrique formaient corps. Leurs soldats relevaient de… 54 catégories judiciaires différentes, allant du simple délit à la tentative de meurtre. Mais certaines sections étaient majoritairement constituées de petits voyous et de proxénètes.

En 1914, à la déclaration de la guerre, les effectifs restent en garnison en Afrique du Nord afin d’y assurer le maintien de l’ordre. On a formé pour la durée de la guerre, et par prélèvement dans les 5 BILA, trois bataillons de marche d’infanterie légère d’Afrique (BMILA), qui ont été engagés en métropole où ils se sont distingués : les 1er, 2e et 3e BMILA.

Les plumitifs en mal de copie à sensation confondent souvent les « Bat’d’Af » avec la Légion étrangère, ce qui est, à mon (humble) avis, une insulte à notre belle Légion étrangère.
Le chant de marche des « Bat’d’Af » – « Le bataillonnaire »(3) – a été modifié et repris par les régiments parachutistes(2).

Mon brave général ignore visiblement cette page d’histoire de nos armes. Il est comme son « chef des Armées » : il ne sait rien mais il le dit avec force et conviction. Dans les salons mondains, ça impressionne quelques rombières qui, pour un peu, en renverseraient leur tasse de thé…

Éric de Verdelhan

1)- J’ai eu l’occasion, il y a des années, de visiter une ancienne garnison de « Bat’d’Af », à Tataouine, dans le sud tunisien.
2)- « En passant par la portière » (« Il est là-bas en Algérie… »). Ceux qui ont eu le privilège de servir chez les paras connaissent ce chant.
3)- Chanson que certains auteurs attribuent à Aristide Bruant, ce qui est inexact : Bruant a écrit « Au Bat’d’Af » qui n’est pas le chant de marche des BILA.