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Politique, survol de l'actu, réflexions, propositions, 
vus sous la loupe d'un super senior.

VIGILANCE SUPER-SENIOR

Politique, survol de l'actu, réflexions, propositions, vus sous la loupe d'un super senior.

Herodote nous propose de revoir Rodin, l' Auguste sculpteur

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source: www.herodote.net

"Rodin (1840 - 1917)

La sculpture à pleines mains

 

Depuis plus d’un siècle, le nom d’Auguste Rodin fait rugir les critiques et accourir les foules… Qui aurait pu imaginer qu'un tel destin attendait un élève que l'école ne motivait guère ? Comme il refuse obstinément de briller dans les matières classiques, ses parents l'envoient, de guerre lasse, dans une école de dessin.

C'est le grand moment qui décidera de la vie d'Auguste Rodin. L'étincelle de l'art embrase son âme et il se jette à corps perdu dans... la sculpture. Sa passion ne s'éteindra jamais. En rupture avec la recherche de la beauté pure héritée de l'Antiquité, il privilégie l'expression des passions et laisse derrière lui 7 000 oeuvres aujourd'hui dispersées à travers le monde. Elles vont inspirer et interpeller tous les sculpteurs et artistes du XXe siècle...

 

« La Main de Dieu ou La Création », Auguste Rodin, 1896, musée Rodin, Paris.

Seul ! Ou presque...

(...) Après une jeunesse tourmentée, Auguste Rodin prend possession en 1863, à 23 ans, de son premier atelier. Ses doutes et une épaisse barbe, censée cacher une vilaine cicatrice, l'ont vieilli.

 « Mignon » (Portrait de Rose), 1870, Auguste Rodin, musée Rodin, Paris.Mais cela n'a pas empêché une jeune confectionneuse, Rose, de tomber amoureuse et d'accepter de vivre dans son ombre pendant 53 ans.

Pour le moment, le jeune couple connaît la misère jusqu'à ce que Rodin entre au service de Carrier-Belleuse, un des sculpteurs en vue qui sait s'y prendre pour décrocher des commandes, comme celle des caryatides de l'Opéra Garnier qui prennent forme dans les mains de Rodin.

« L’Homme au nez cassé », première version, 1864-1865,  Auguste Rodin, musée Rodin, Paris.Mais notre artiste s'ennuie : il ne veut pas passer sa vie à modeler des bustes signés par son patron !

Alors, dès qu'il a du temps libre, il demande au vieux Didi de poser pour ce qui doit être, il en est sûr, l'œuvre de la consécration : L'Homme au nez cassé. Las ! De nouveau, c'est l'échec, la sculpture étant jugée trop réaliste est refusée au Salon de 1865.

Les coups durs s'accumulent, il doit même laisser femme et enfant à Paris pour rejoindre Carrier-Belleuse à Bruxelles pendant la terrible guerre de 1870. Mais la collaboration prend fin sur une dispute et Rodin se tourne vers un concurrent, Van Rasbourg, qui lui permet enfin de gagner sereinement sa vie et d'aller à la rencontre des toiles de Rubens.

Après avoir, pour la première fois, exposé ses œuvres, il part rendre hommage à Florence à son maître, Michel-Ange. Il en revient plus confiant que jamais pour s'atteler à une nouvelle œuvre destinée au Salon parisien de 1877. Cette fois, ce sera la bonne !

« Rodin devant la Porte de l'Enfer se reflétant dans un miroir », William Elborne, 1887.

Haro sur le tricheur

« L’Âge d’airain », 1877, Auguste Rodin, statue en bronze et fonte au sable par Alexis Rudier, avant 1916, musée Rodin, Paris.Certes, Rodin a bien fait sensation à Paris, mais pas du tout à cause de son talent : alertés par la presse belge, les journalistes ont affirmé que son Âge d'airain, trop parfait, a été réalisé à partir d'un moulage sur le corps de son modèle. Scandale !

Le jury se désintéresse de l'œuvre, et les preuves fournies par l'artiste n'y changeront rien. Il y gagne une gloire bien amère et une méfiance éternelle envers les journaux. Il n'a plus qu'à se lancer à corps perdu dans le travail que lui offre la préparation de l'Exposition universelle et, le soir, dans une statue plus grande qu'un individu ordinaire pour éviter tout soupçon.

Ce sera Saint-Jean Baptiste, acheté pour le musée du Luxembourg par Edmond Turquet, ce sous-secrétaire d'État aux Beaux-Arts qui va changer la vie de Rodin en lui commandant un projet monumental, une porte représentant des scènes de la Divine comédie de Dante.

Aussitôt, Rodin déménage dans un atelier à la mesure de la commande, rue de l'Université, et se met au travail, ignorant qu'il ne parviendra jamais à achever cette œuvre infernale (il n'en verra jamais le bronze, réalisé après sa mort). Il lui faut aussi trouver du temps pour répondre aux nombreuses commandes de bustes que ses amis lui passent.

Le sculpteur s'essaye en effet à la mondanité, souvent de façon très maladroite (...).

« La Porte de l'Enfer » (détail du « Penseur »), Auguste Rodin, 1880-1890. Le plâtre d'origine est conservé au musée d'Orsay, emplacement où cette porte devait initialement s'élever.

Et « Mademoiselle Camille » vint...

On se bouscule dans l'atelier de Rodin : on croise les modèles bien sûr, mais aussi les petites mains qui viennent dégrossir le marbre ou reproduire en plâtre les œuvres du maître. Il y a aussi les élèves pleins d'avenir comme François Pompon, Antoine Bourdelle ou encore Aristide Maillol. Les habitués ne s'étonnent plus également d'y croiser une jeune fille que Rodin a rencontrée dans l'un des cours qu'il donne à l'occasion.

« Camille Claudel et Jessie Lipscomb dans leur atelier rue Notre-Dame-des-Champs », 1887, William Elborne, Paris, musée Rodin.Cette Camille Claudel, sœur du futur écrivain Paul, est une sacrée personnalité ! Elle a dû se battre contre sa famille et toute la société pour atteindre son but, devenir sculptrice à l'égal d'un homme.

Jusque-là plutôt fidèle à sa bonne Rose, le « vieux » Rodin, de 24 ans plus âgé que Camille, devient un amant passionné et un mentor attentif qui n'hésite pas à répéter à qui veut l'entendre qu'il a pleinement confiance dans son talent : « Je lui ai montré où trouver de l'or, mais l'or qu'elle trouve est bien à elle »

Ils deviennent modèles l'un pour l'autre et se parlent d'amour à travers leurs œuvres : L'Éternel printemps (1884) puis L'Adieu (1898) pour lui, Vertumne et Pomone (à partir de 1886) puis la pathétique Implorante pour elle (1894), lorsqu'elle comprend que Rodin n'acceptera jamais d'abandonner Rose.

En 1893, c'est la séparation, Rodin s'installe avec sa vieille compagne tandis que Camille part vivre seule.

Peu à peu, elle sombre, accuse son ancien amant de lui voler des marbres, détruit ses œuvres, disparaît pendant des mois. En 1913, son frère décide de la faire interner à la Maison de Santé de Ville-Évrard avant d'être transférée dans l'hôpital psychiatrique de Montdevergues dans le Vaucluse.

« Monument aux Bourgeois de Calais », 1889, Auguste Rodin, musée Rodin, Paris, Photographie Éric Simon.

Bourgeois en chemise et écrivain en robe de chambre

S'il a toujours été préoccupé du sort de sa « féroce amie » , Rodin doit faire face à d'autres soucis. Désormais artiste reconnu, il s'est mis en tête en 1884 de réaliser le monument qui rendra hommage aux bourgeois de Calais. Il choisit de les montrer non pas glorieux mais assommés de découragement, vision qui refroidit quelque peu l'enthousiasme des commanditaires... En 1886, le projet est même abandonné, faute de financement.

« Trois études de la tête de Balzac », 1891-1892, Auguste Rodin, Paris, musée Rodin.Tant mieux ! Rodin n'a plus de compte à rendre à personne et peut terminer son groupe de six personnages en toute liberté.

Il participe en 1889 à une grande exposition qui met en parallèle son œuvre et celle de son grand ami, Claude Monet. Cette consécration aurait pu l'assagir mais lorsqu'Émile Zola, au nom de la Société des Gens de Lettres, lui commande en 1891 une statue d'Honoré de Balzac, il abandonne toute prudence pour laisser parler la création.

Il passe des mois en recherches documentaires pour mieux cerner la personnalité de son modèle, mort 40 ans auparavant. Mais ce n'est pas suffisant : dans l'Anjou balzacienne, il poursuit un facteur dont la bonne figure lui rappelle l'écrivain et va même demander à son tailleur de reproduire à l'identique la célèbre robe de chambre de « l'ogre de la littérature ». Le temps passe, les ébauches s'accumulent mais d'œuvre aboutie, toujours pas !

Lorsqu'enfin un Balzac massif est présenté au Salon de 1898, le public et les critiquent pouffent.

Les attaques contre la « p'homme de terre en robe de chambre » (Revue de la Marne , 1898) ne touchent plus son créateur qui se retire du projet, devenu trop politique à son goût. Dans une France déchirée, ceux qui le soutiennent ne sont-ils pas en majorité dreyfusards ?

Le « Monument à Victor Hugo », premier projet, quatrième étude, maquette, Auguste Rodin, 1895-1896, musée Rodin, Paris. L'agrandissement montre le « Monument à Victor Hugo », en bronze, après 1900, dans le jardin du musée Rodin à Paris.

Travailler à sa propre gloire

En 1889, nouvelle commande prestigieuse, nouvelle déconfiture : alors qu'on lui demande pour le Panthéon un Victor Hugo debout, il livre un Victor Hugo... assis et nu ! L'œuvre, bien entendu, est refusée à l'unanimité. Ces échecs successifs n'entament en rien le prestige dont jouit désormais le sculpteur qui prend sa revanche en 1900 lorsqu'est inaugurée sa grande rétrospective au Pavillon de l'Alma.

« Étude de femme », sans date, Auguste Rodin, musée du Louvre, Paris.Son talent est enfin reconnu en France mais aussi à l'étranger où il multiplie les expositions et les ventes.

Berlin, Buenos-Aires et même Tokyo le réclament tandis que les célébrités se succèdent à Meudon pour visiter l'atelier et se faire modeler le portrait par le vieux maître.

« Rodin, Rose, Rilke dans le jardin de Meudon en compagnie de deux chiens », sans date, Albert Harlingue, musée Rodin. Paris.De plus en plus isolé, il doit se reposer sur des secrétaires qui gèrent son quotidien, à l'exemple de Rainer Maria Rilke qui laissera des notes précieuses sur l'artiste.

L'écrivain autrichien lui conseille de louer l'hôtel Biron où il pense qu'il pourra enfin être tranquille, mais Rodin a une autre idée : « Je donne à l'État toute mon œuvre […]. Et je demande à l'État de garder en l'hôtel Biron qui sera le musée Rodin toutes ces collections, me réservant d'y demeurer toute ma vie ».

Ce sera fait en 1916, quelques mois seulement avant cette cérémonie de mariage que Rose avait tellement espérée. La nouvelle mariée ne survivra que 15 jours, préparant la voie à son génie de mari, ce « saisisseur d'âmes » (Camille Mauclair, L’œuvre de Rodin , 1900) qui la rejoint le 10 novembre 1917.

« Rodin dans son atelier », sans date, Paris, musée Rodin, Paris.

Le plus grand... mais pourquoi ?

On l'a vu, l'art de Rodin s'est heurté au goût encore très académique de nombre de ses contemporains. À une époque où l'on couvrait le pays de dignes statues décoratives ou commémoratives, le voici qui propose des « morceaux » de corps : laissons passer L'Homme qui marche qui n'a jamais trouvé de tête, ou La Méditation dont on cherche toujours les bras.

« L’Homme qui marche », 1907, Auguste Rodin, musée Rodin, Paris.Mais à quoi bon ? « Est-ce que la Nature finit ? Est-ce qu'on fignole les arbres » (Rodin) ? Déjà maître du mélange du lisse et du rugueux, l'artiste choisira de plus en plus, à la fin de sa vie, de laisser parler le « non fini », ces êtres qui semblent sortir du marbre comme les Esclaves de Michel-Ange. Mettons alors aussi en avant ce que l'on cache habituellement : un nez cassé (L'Homme au nez cassé ), une corpulence trop marquée (Balzac), les rides de la vieillesse (Celle qui fut la Belle Heaulmière ).

Pas de burin pour Rodin

Traditionnellement, on image le sculpteur s'activant autour d'un bloc de marbre pour en faire sortir, à grands coups de burin et ciseaux, la figure qui s'y cache. C'est la taille directe, pratiquée par exemple par Michel-Ange. Rien de tel pour Rodin !

« La Main de Rodin », 1917, Auguste Rodin, The Metropolitan Museum of Art, New York.C'est uniquement avec ses mains, éventuellement avec un ébauchoir, un fil d'acier ou une râpe qu'il s'attaquait à son matériau de prédilection, l'argile.

Celle-ci lui permet de jouer sur les oppositions entre lisse et rugueux pour faire ressortir ce que l'œil n'a pas l'habitude de voir.

Après avoir modelé la terre, le maître confie l'« original » à son atelier : à ses praticiens d'en tirer un moule dans lequel ils vont faire couler du plâtre pour obtenir une « épreuve » du modèle : elle peut sortir en un seul morceau ou en plusieurs fragments. Ces « abattis » remplissant des tiroirs entiers permettent bien sûr de reconstituer l'œuvre mais aussi d'en créer d'autres, à l'exemple du masque de Camille Claudel que vient caresser la main d'un des bourgeois de Calais.

« Auguste Rodin dans l'atelier de son mouleur », Henri Lebossé, 1896, musée Rodin, Paris.Expert en assemblages, Rodin aime à entremêler des bouts de ses œuvres ou même des œuvres complètes : ainsi c'est le même personnage qui donne ses traits aux Trois ombres de la Porte de l'Enfer.

L'artiste n'hésite pas aussi à adjoindre à ses fragments des éléments extérieurs, comme ces vases antiques qu'il collectionnait et qui servirent de socles.

L'autre avantage du moule, c'est de pouvoir reproduire l'œuvre en plusieurs exemplaires ! Et c'est ainsi qu'on trouve des Rodin dans le monde entier... en général en bronze.

Le bronze est en effet, avec le marbre, le stade ultime de l'oeuvre : la statue est d'abord réalisée en ciment recouverte de cire puis enfermée dans un four ; la cire va alors fondre et laisser un espace dans lequel on va faire très rapidement couler le bronze à 1 500°C. Voilà pour le bronze...

Pour créer dans la matière noble du marbre, Rodin part également d'un modèle en plâtre. Il y place de petits clous qui vont servir de repères au metteur au point qui dégrossit le marbre et au praticien qui achève le travail !

« Obsèques de Rodin », 1917, Pierre Choumoff, musée Rodin, Paris.

« À l'ombre des grands arbres »

Comment parvenir à se faire une place dans l'histoire de la sculpture lorsque le génie de Rodin écrase tout ? Pour commencer, il faut s'imprégner des leçons du maître, le mieux étant de le côtoyer dans son travail de création. C'est la chance qu'a Antoine Bourdelle engagé en 1893 comme praticien, c'est-à-dire responsable du passage du modelage à la statue de marbre.

« Buste de Rodin », 1909, Antoine Bourdelle, musée Ingres, Montauban.Est-ce parce qu'il est passé par les mêmes doutes et les mêmes tâtonnements que Rodin respectera toujours ses collègues ?

Il savait par exemple ce qu'il devait à Jean-Baptiste Carpeaux aux créations pleines de vie inspirées du baroque, auquel il empruntera comme un ultime hommage la figure d'Ugolin pour sa Porte de l'Enfer.

De même, il n'a jamais renié l'influence d'Antoine-Louis Barye, spécialiste de la représentation d'animaux pleins de puissance et de fureur romantiques, représentation dont son élève François Pompon prit le contre-pied avec des œuvres toutes en douceur et en arrondis. Comme il est loin des œuvres de Rodin !

« Léda », Aristide Maillol, 1900, terre cuite, musée maillol, Paris.Aristide Maillol lui aussi se dirigea vers des formes pleines qui, loin de choquer son maître, provoquèrent son admiration : « Je ne connais pas de toute la sculpture moderne un morceau qui soit aussi absolument beau », dit-il ainsi à propos de la sensuelle Léda (1900).

Qu'a-t-il pensé du cubisme de Pablo Picasso, marqué par la découverte des arts primitifs, et du futurisme de Constantin Brancusi ? A-t-il pensé que ces mouvements n'étaient que « fanfaronnades » (entretiens avec Michel Georges-Michel) ou s'est-il intéressé à ces expérimentations qui reprenaient sa vision de corps disloqués ?

La fin de vie arrivant, il semble surtout que Rodin était plus tourné vers le devenir de sa propre œuvre que par l'avenir de son Art. Pour la génération montante, il reste cependant un point de repère indépassable dont il va falloir s'affranchir en choisissant sa propre route pour faire mentir Brancusi qui affirmait que « Rien ne pousse à l'ombre des grands arbres ».

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