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VIGILANCE SUPER-SENIOR

VIGILANCE SUPER-SENIOR

Politique, survol de l'actu, réflexions, propositions, vus sous la loupe d'un super senior.

La BIble de Gutenberg

Au gré d'une petite visite chez <www.gallica.bnf.fr ,

Voilà quelque chose de beau, de passionnant  pour amateurs

Philippe Boehler

_______________________

 

La Bible de Gutenberg est dans Gallica : acte 1
 
Publié par Nathalie Coilly le 18 janvier 2017 dans Collections

 

La Bible de Gutenberg est sans doute le livre le plus célèbre du monde occidental. La BnF possède deux des quatre exemplaires conservés sur le sol français : l'un est imprimé sur peau de vélin (parchemin), l'autre sur papier. Tous deux sont désormais visibles dans Gallica. Partons à la découverte du premier et de ses remarquables décors enluminés.

Incipit de la Genèse : détail

Reconnue comme le premier ouvrage d’envergure à avoir été imprimé au moyen de caractères mobiles en plomb, la Bible de Gutenberg a été produite à Mayence, florissante cité de la vallée du Rhin et du Saint-Empire Romain Germanique, au milieu des années 1450. Cette première œuvre imprimée est aussi l’une des plus abouties que l’Occident médiéval ait engendrées, constat qui l’a hissée au rang de monument de la typographie naissante. La beauté de l’œuvre, sa renommée et la diffusion rapide de sa technique révolutionnaire de production, en ont fait le livre le plus emblématique de la culture occidentale.

La Bible de Gutenberg a de fait été imprimée sur les deux supports de l’écrit simultanément en usage au XVe siècle, la peau de vélin et le papier - à raison d’un quart des exemplaires sur vélin et trois quarts sur papier.

On connaît aujourd'hui douze exemplaires de la Bible de Gutenberg imprimés sur peau de vélin, dont quatre seulement sont complets. L’exemplaire de la BnF est de ce tout petit nombre.

Le choix d’imprimer sur vélin ne fut pas fortuit. Le parchemin jouissait de la faveur d’acheteurs soucieux de la longévité de l’ouvrage, de sa résistance à un usage répété ou désireux d’y faire apposer un décor peint susceptible d’entretenir la ressemblance formelle avec le livre manuscrit. L’exemplaire sur vélin de la BnF obéit à cette logique : remarquablement enluminé, il comporte de spectaculaires décors marginaux et des lettres peintes d’une infinie variété. Les encadrements de feuilles d’acanthes (celui qui ouvre le livre de la Genèse notamment) reproduisent des modèles stylistiques alors en circulation dans la région de Mayence. L’origine des décors peints de l’exemplaire sur vélin de la BnF a en effet été reconnue dans ceux que proposait au milieu des années 1450 un livre de modèle – en allemand Musterbuch – destiné aux enlumineurs et aujourd’hui conservé à Göttingen (Niedersächsische Staats- und Universitätsbibliothek) :

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Incipit de la Genèse : détail de l'encadrement enluminé

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Livre de modèles de Göttingen (ca. 1450) : détail fol. 11 v°

Quant aux lettrines peintes, elles constituent des repères visuels et scandent le texte biblique tout au long des quatre volumes :

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Incipit de Luc : lettre Q peinte et filigranée

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Incipit des Philippiens : lettre D peinte et filigranée

Les parties du texte apparaissant en couleur, en rouge, en bleu (titres courants, ouverture et clôture des livres bibliques, lettrines, chapitration en chiffres romains), ont été rubriquées, c’est-à-dire portées à la main après la fin du travail d’impression. Les éléments ajoutés, péritexte et ornements, font de chaque exemplaire de la Bible de Gutenberg une œuvre unique :

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 Mentions manuscrites : titre courant (Genesis), n° de chapitre (C. XVII), commentaire en marge (No[n] e[st] de textu, avec signe de renvoi) en rouge ; lettre peinte (P), en bleu

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Timothée, page d'ouverture : préparation de la rubrication définitive (en rouge) à la mine de plomb (en gris)

L’exemplaire imprimé sur vélin de la BnF porte les traces d’un essai d’impression en bichromie, fidèle à l’esthétique médiévale : à l’encre noire pour le texte et à l’encre rouge pour les ouvertures de livres (dites incipit, d’après le terme latin).

On verra ainsi, au premier feuillet de la Bible (Epître Frater Ambrosius de Jérôme) et à l’ouverture de la Genèse, que les incipit ont bel et bien été imprimés à l’encre rouge. La technique apparaît parfaitement maîtrisée. Toutefois, ce choix nécessitait un second passage sous la presse, les deux couleurs n’étant pas apposées dans un même mouvement. Après cet essai probablement jugé trop coûteux, l’imprimeur de la Bible de Gutenberg a renoncé à une impression en bichromie :

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Ouverture de la Bible (Epître Frater Ambrosius) : Prologus est rubriqué à la main à la peinture rouge (matière couvrante et brillante), tandis que Incipit epistola sancti iheronimi ad paulinum... est imprimé à l'encre rouge (vélins67 vue 5). Un essai similaire est visible à l'incipit de la Genèse.

On remarquera, de la même manière, que la mise en page de la Bible a été ajustée en cours d’impression. Les premiers feuillets de la Bible de la BnF imprimée sur vélin comportent 40 lignes à la page. Rapidement, à partir du 10e feuillet, les compositeurs ont élevé ce ratio pour le fixer à 42 lignes à la page (d’où le nom de "Bible à 42 lignes" sous lequel est également désignée la Bible de Gutenberg). De cette simple élévation du nombre de lignes imprimées par page résulte une économie substantielle de support, papier ou parchemin. Là encore, on discerne, sur ce premier tirage de la Bible, les traces d’ajustements techniques auxquels la recherche de rendement n’est pas étrangère.

Sur l’exemplaire imprimé sur vélin, de nombreuses corrections textuelles ont été apposées, directement dans la colonne de texte ou en marge. Dans le corps du texte, les reprises ont été portées à la plume, dans une graphie verticale cohérente avec le caractère d’impression, sur le parchemin préalablement gratté, ceci afin de favoriser la fluidité de la lecture. On rencontre également, en marge et dans des écritures de plusieurs mains, des mentions qui sont tantôt des corrections, tantôt l’apport d’une autre leçon du texte. Ce type d’apport était courant sur les copies manuscrites médiévales de la Bible ; le principe même de la variante du texte biblique était si admis que des listes en avaient été établies et circulaient sous le nom de "correctoires". Il est donc probable que les nombreuses corrections de la Bible imprimée sur vélin de la BnF se divisent en deux catégories : les corrections d’erreurs typographiques manifestes et l’adjonction de variantes admises à partir d'un correctoire. Les ajouts manuscrits prennent donc des formes diverses : grattage du support d’impression (le parchemin étant assez épais et résistant pour autoriser cette opération) et éventuellement, réécriture ; légers débords du texte en marge ; ajout d’une section complète en marge, avec éventuel emploi d’un signe diacritique de renvoi.

Au XVe siècle, la lecture collective de la Bible est très présente dans la vie conventuelle, notamment au cours des repas pris en commun au réfectoire. La Bible de Gutenberg, imprimée dans un format plutôt imposant (env. 40 cm de haut), dans un caractère de relativement grand module, répond au besoin de ce lectorat professionnel : c’est un livre de lutrin. Les corrections de l’exemplaire imprimé sur vélin de la BnF, inscrites dans une graphie claire, soignée et lisible, témoignent de cet usage :

    export12_1.jpg                      export13_0.jpg
              Jean, 13 : correction par grattage vélins70 vue 170                      Apocalypse, 18 : ajout manuscrit en textura vélins70 vue315

L’exemplaire sur vélin de la Bible de Gutenberg conservé à la BnF a enfin une histoire intimement liée à la ville même de l’impression, Mayence. Enluminé et probablement utilisé localement, c’est à Mayence qu’il a été préservé jusqu'à la fin du XVIIIe siècle. Il a été acquis auprès des Bénédictins de S. Jakobsberg de Mayence en 1767 par Jean-Baptiste Maugérard (1735-1815), bénédictin lui-même, bibliothécaire et agent très actif du commerce des livres rares. Il a ensuite appartenu à Henri-Marie Dupré de Geneste puis au cardinal Loménie de Brienne, avant d’entrer en 1788 dans les collections de la Bibliothèque Royale.

A suivre : acte 2, l'exemplaire de la BnF imprimé sur papier.

 

La Bible de Gutenberg est dans Gallica : acte 2
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Publié par Nathalie Coilly le 25 janvier 2017 dans Collections

 

Après les richesses de l'exemplaire imprimé sur peau de vélin, découvrons dans ce nouveau billet celles du second exemplaire de la Bible de Gutenberg conservé par la BnF : l'exemplaire imprimé sur papier.

Mention manuscrite de Heinrich Cremer en fin d'exemplaire (vol. 2), renseignant sur la date d'impression de la Bible (voir infra)

La Bibliothèque nationale de France conserve en effet deux exemplaires de la Bible de Gutenberg, rare privilège qu’elle partage avec trois institutions seulement dans le monde : le Gutenberg-Museum de Mayence, la British Library à Londres et la Pierpont Morgan Library à New York.

En dépit d’une apparence plus modeste que l’exemplaire sur vélin, il est d’une importance historique capitale : il porte en effet l’une des rares mentions susceptibles de préciser la date de l’impression.

La Bible de Gutenberg, à l’image des manuscrits médiévaux et comme nombre d’imprimés du XVe siècle, ne comporte pas de page de titre. Elle n’est ni signée, ni datée. L’habitude de faire figurer en fin de volume, en un court paragraphe appelé colophon, lieu d’impression, nom de l’imprimeur, date de publication, se manifestera plus tard. Et ce n’est que très progressivement que ces informations trouveront leur position définitive, en tête de livre, sur la page de titre. Or l’exemplaire sur papier de la BnF livre aux spécialistes l’une des rares mentions historiques susceptibles de préciser la chronologie de l’impression. Heinrich Cremer, vicaire à la collégiale Saint-Etienne de Mayence, signe en effet de son nom, en août de l’année 1456, les travaux de peinture, de rubrication et de reliure des deux volumes de l’exemplaire :

"Et sic est finis prime partis Biblie sc[ilicet] Veteris Testamenti. Illuminata seu rubricata et ligata p[er] Henricum Albch alius Cremer, anno d[omi]ni M° CCCC° LVI°, festo Bartholomei ap[osto]li. Deo gratias. Alleluia." (vol. 1)
[= Ainsi s'achève la première partie de la Bible, à savoir l'Ancien Testament. Peinte, rubriquée et reliée par Heinrich Albch dit Cremer, en l'an 1456, à la saint Barthélémy, apôtre (=  24 août 1456)].

"Iste liber illuminatus, ligatus et completus est p[er] Henricum Cremer, vicariu[m] ecclesie collegate sancti Stephani Maguntinis, sub anno d[omi]ni millesimo quadringentesimo quinquagesimo sexto, festo Assumptionis gloriose virginis Marie. Deo gratias. Alleluia." (vol. 2)
[= Ce livre a été peint, relié et complété par Heinrich Cremer, vicaire de la collégiale de S. Stéphane de Mayence, en l'an mille quatre cent cinquante six, à l'Assomption de la glorieuse vierge Marie (= 15 août 1456)].

Ces notes manuscrites datées sont connues des spécialistes du monde entier, car elles permettent de mettre un terme incontestable aux travaux d’impression : ceux-ci ont nécessairement été achevés plusieurs mois avant août 1456.

L’exemplaire sur papier a souffert de mutilations affectant particulièrement les incipit, susceptibles d’être porteurs de décors plus soignés. Demeurent néanmoins de belles lettres ornées, peintes et filigranées, dans un style bien différent de celui de l’exemplaire sur vélin.

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Lettres peintes aux incipit de III Rois, II Chron.

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Lettre peinte à l'incipit de I Esd. 

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Lettre peinte à l'incipit de Ps (37)

Il comporte également de nombreuses notes de lecture, portées en marge, dans une écriture cursive (XVIe siècle, une main semblant majoritaire). Consistant en un bref commentaire ou une paraphrase du contenu, elles témoignent d’une lecture active, fondée sur la réflexion et l’interprétation, et d’un usage personnel, très différent de l’usage conventuel de l’exemplaire sur vélin. Il est arrivé avec une certaine récurrence que l’annotateur transcrive en chiffres arabes les adjectifs numéraux cardinaux. Alors que les chiffres, de valeur parfois élevée, avaient été développés dans le texte en toutes lettres, de manière à favoriser la lecture orale, l’annotateur semble avoir eu recours à la notation chiffrée pour se les approprier mentalement.

8000000_bellatores.jpg
II Rois [= II Samuel], 23 : « octingenta milia virorum fortium qui educerent gladium » transcrit en : « 8 000 000 bellatores » (au lieu de 800 000).

L’exemplaire sur papier, rubriqué comme on l’a vu à Mayence même, a appartenu à l’église de Grossostheim, près d’Aschaffenburg. Au XVIIIe siècle, sa présence est attestée au séminaire de Mayence, où Jean-Baptiste Maugérard (le même qui avait acquis l’exemplaire sur vélin) l’acquiert en 1789. Cet exemplaire est entré à la Bibliothèque Nationale en 1792.

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